Constituer une équipe pour créer une startup : une question de bon sens ? Pas uniquement.

Constituer une équipe pour créer une startup : une question de bon sens ? Pas uniquement.

On a longtemps cru que les associés, qui allaient créer une startup, devaient et donc allaient s’entendre… comme par miracle, une espèce d’intelligence collective qui ferait passer la jeune entreprise avant toute autre considération. Mais il n’en est rien, évidemment.

Combien d’équipes hier mais encore aujourd’hui portant de très beaux projets explosent en vol. Les associés d’une start up sont avant tout des hommes (malheureusement plus rarement des femmes) avec des considérations et des attentes personnelles.

La start up est souvent la concrétisation d’un rêve ou d’une ambition d’un initiateur. Il a mis beaucoup d’énergie pour porter son projet, a du franchir de nombreux obstacles au prix de certains sacrifices. On comprend facilement qu’avec cet historique, le partage ne soit pas aisé.

La start up est son bébé. Il a du mal à envisager que d’autres peuvent s’en occuper aussi bien qu’eux, l’élever peut-être dans de meilleures conditions ou jugées comme telles.

Aujourd’hui, on sait que cette équipe est le cœur de la start up et que son disfonctionnement entraîne une fragilisation voire une disparition de la start up; quelque soit la valeur du projet.

Il faut donc anticiper les tensions dont on sait qu’elles ne manqueront pas d’arriver si l’on décide de créer une startup. Soyons dans des actes de prévention des risques plutôt que de gestion du conflit. Le travail en amont avec l’équipe n’annule pas les risques de désaccords ; il permet juste de les accueillir et de les gérer le mieux possible au moment où ils arrivent.

L’équipe doit discuter :

  • d’apport d’argent (sujet sensible) pour la constitution du capital social,
  • de temps passé et de travail déjà réalisé dont on veut qu’il soit valorisé (l’argent encore),
  • de rôle (ce que je ferais dans l’entreprise) et fonction (quelle est la mention de ma carte de visite), notions qui sont également sensibles car touchant au pouvoir et à la reconnaissance sociale (et donc à l’égo),
  • de la compétence que l’on apporte et que l’on croit cruciale pour la start up (quelle valeur ? pour quel ego ?)
  • de contraintes diverses, familiales, engagements …

Bref, on comprend aisément que des discussions d’argent, de pouvoir et d’égo sont fatalement compliquées : heureusement, finalement qu’il n’y a pas de femme car on aurait alors réuni le maximum de composantes explosives ! Ah, j’oubliais, rajoutons que ces discussions se font souvent dans un contexte assez flou pour ceux qui discutent : le contexte juridique … quelle est la société que je vais créer, pourquoi cette forme juridique, comment je vais valoriser mon savoir faire pour avoir plus de parts sociales, des apports en nature, des apports en industrie, est ce que je vais créer des BSA ou peut-être des BSPCE, … comment avec toutes ces éléments aussi complexes les uns que les autres, je vais arriver à un montage qui me paraît équitable et qui apparaît également équitable à l’ensemble de mes associés.

Mais ne nous trompons pas d’exercice, la résolution de la problématique juridique n’engendre pas la résolution de la problématique d’ego ou de finance. De toute façon, le juridique ne mettra en œuvre que les décisions qui auront été prises par les associés. Un conseil juridique ne pourra pas choisir pour vous le nombre de parts des associés, leur rôle … il pourra conseiller sur des bases mathématiques qui ne refléteront sans doute pas les bases équitables que l’on souhaite donner à notre société. Qui mieux que les associés fondateurs peuvent arbitrer sur leurs règles de création et de fonctionnement de leur entreprise. Le juridique ne doit pas être un prétexte pour éluder des questions fondamentales. Le juridique propose des outils pour mettre en œuvre une solution qui a déjà été validée et discutée sur le plan humain.

Pour ceux qui n’ont jamais pratiqué cet exercice (montage équitable), je vous assure qu’il est sportif parfois insoluble mais le plus souvent fort heureusement possible dès lors que le problème est bien posé. Mais qui saura poser parmi les créateurs ce type de problème complexe (ego, pouvoir, argent, contraintes) ? Et plus dur qui saura le résoudre ? Et le résoudre objectivement (juge et parti) ?

Je vous conseille comme vous allez dépenser en juridique ou propriété industrielle au moment de créer une startup, de dépenser en constitution d’équipe fondatrice. On s’imagine que traiter de l’humain est plus facile ou qu’on arrivera à s’en sortir en bonne intelligence. Réaliser des augmentations de capital paraît être un problème plus compliqué. Pourtant, la complexité de l’équipe est bien là. Je suis sure que tous avez des histoires à raconter sur des fondateurs qui se brouillent et des beaux projets qui ne verront pas le jour.

 

Virginie Corvellec, dirigeante de Mandarine Codi



Le premier dispositif de mise en relation de talents de groupe et d'équipes dirigeantes de startup

Miss Mandarine